Le ministre de l’Immigration Eric Besson, s’est déclaré « envieux du patriotisme américain» dans un entretien à la radio RTL. Ce n’est pas la première fois que l’ex-socialiste cite en exemple le modèle américain : déjà en mars dernier, lors d’une visite aux Etats-Unis, Eric Besson avait déclaré : « Pourquoi ne peut-on pas être fier d’être français, comme les gens sont fiers, ici, d’être américains ? L’identité nationale, c’est un socle de valeurs, c’est l’idéal républicain. Barack Obama n’a pas d’état d’âme sur l’identité américaine» .
Le modèle de patriotisme américain est basé sur des symboles forts : le drapeau étoilé, l’hymne national et le souvenir des pères fondateurs du pays, honorés par toutes les communautés.
Et c’est là le véritable changement, les hommes politiques ont fait clairement un choix, celui de changer le socle identitaire français en construisant une France multiraciale et donc multi-communautaire. Le socle commun ne sera donc plus l’héritage civilisationnelle européen mais l’attachement à des symboles communs, l’hymne français (La Marseillaise sera sûrement remplacée dans les prochaines années), le drapeau de la République et des valeurs communes comme la « laïcité positive « ou le travail.
Il n’est donc pas étonnant de voir que des sociologues planchent déjà sur une réponse communautaire aux maux des banlieues de l’immigration, comme l’a montré un colloque en septembre dernier, à l’Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon, qui a souligné « qu’une partie des sociologues observent désormais avec intérêt la capacité des villes américaines à mobiliser leurs habitants et à favoriser leur participation dans les quartiers difficiles« .
« Le modèle républicain français est un modèle descendant : l’Etat sait toujours ce qu’il faut faire. Et comme, par ailleurs, on a historiquement une grande peur des communautés, la France est passée à côté de cette dimension collective« , indique Claude Jacquier, directeur de recherche au CNRS.
Pourquoi les néo-conservateurs français soutiennent-ils les initiatives communautaires ?
Nicolas Sarközy et les néo-conservateurs français escomptent quelques avantages politiques à court et long terme. Le but immédiat est de capter les votes communautaires.
Le président de la République veut faire passer la France d’une immigration économique à une immigration de peuplement selon le modèle traditionnel américain. Le soutien de Nicolas Sarközy Claude Bébéar ne le cache pas : il faut créer les conditions d’un afflux massif d’immigrés en France. Le modèle d’intégration à la française était possible avec une immigration contrôlée, mais seul le modèle américain communautaire peut gérer une immigration massive (1) :
«Toutes les études démographiques sérieuses montrent que dans les quarante années qui viennent, des dizaines et des dizaines de millions d’individus en provenance d’Afrique et d’Asie vont venir s’installer en Europe. On ne pourra pas endiguer ce flux, on ne pourra pas construire un mur de Berlin tout autour de l’Europe. Cette immigration massive est inéluctable: il faut la penser aujourd’hui pour pouvoir l’organiser demain. Que ferons-nous? Que voulons-nous? L’assimilation selon le modèle français traditionnel? Cela me paraît difficile : les nouveaux venus seront trop nombreux, de surcroît de cultures et de civilisations différentes. L’intégration à l’américaine? Pour que ce système marche, il faut un rêve fédérateur. Le rêve américain existe mais pas le rêve européen. En tout cas, pas encore. Voilà à quoi pourrait ressembler l’ambition française: être le porte-parole du rêve européen. (2) »
Le renforcement du communautarisme en France et de la discrimination positive (« la promotion de l’égalité des chances« ) ne sont que des moyens pour préparer une nouvelle immigration encore plus massive.
1- « Misères du Sarkozysme, cette droite qui n’aime pas la France» , Paul Ariès.
2- « Quelle ambition pour la France?» ,Claude Bébéar.