
Depuis bientôt 200 ans, la marionnette, dont le patronyme est devenu une expression populaire, diverti les petits comme les grands.
Combien de personnes aujourd’hui savent que l’émission satirique quotidienne de la chaîne Canal + n’est qu’une lointaine héritière d’un théâtre de marionnettes créé par un Lyonnais : Laurent Mourguet ?
Le père de Guignol naît à Lyon en 1769 dans une famille de tisseurs pauvres. Il est donc destiné à devenir Canut. Illettré mais débrouillard il exerce de nombreux métiers : « maître gazier» , « ouvrier en soye» , forain ou marchand de chaussons.
A une époque où les chirurgiens dentistes n’existent pas, il se fait arracheur de dents en place publique. Pour mieux attirer le chaland, il crée un petit théâtre de marionnettes dont la première vedette est Polichinelle.

En 1804, il abandonne définitivement la tenaille et devient marionnettiste professionnel, assisté du père Thomas, un comédien amuseur fameux, avec lequel il fera un bout de chemin. Mais Thomas taquine décidément trop la bouteille et les deux compères se séparent. Le premier personnage du théâtre de Mourguet sera Gnafron, sous les traits… du père Thomas! La toute première marionnette lyonnaise est née.
Puis suivra Guignol en 1808, le héros, le canut, naïf et roublard à la fois, proche des préoccupations populaires. Madelon, sa compagne, fait rapidement partie du trio.
Le langage de Guignol est unique: il parle bien mais invente des mots nouveaux, jongle avec le parler local et l’argot. Hiver comme été, il porte une redingote marron à boutons dorés, un tricorne et un noeud papillon aux ailes froissées. Les cheveux noirs sont rassemblés en une natte qui se balade de droite et de gauche suivant les mouvements.
La maréchaussée est toujours mise à mal, et ouvriers et petits employés se régalent à ce spectacle. Le pouvoir est moqué, le nanti ridiculisé.
Mourguet a l’intelligence de mêler à ses scénarii des éléments de l’actualité pour les présenter sous un jour cocasse (les Guignols de Canal + ne font rien d’autre). Et on rit de bon coeur; petit à petit, même le bourgeois goûtera l’humour de Guignol.
Laurent Mourguet meurt en 1844 mais ses enfants (il en a eu 10 !) perpétuent son oeuvre, et aujourd’hui petits et grands se tordent encore aux aventures de Guignol et aux coups de bâton reçus par le gendarme.